JULIEN CHAPSAL ▪ L’ÉTÉ
- Eric Poulhe
- 8 août 2018
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
GALERIE FOLIA, PARIS
20 juin 2018 – 1er septembre 2018

Depuis 2007, Julien Chapsal mène en France un projet de grande ampleur, qu’il construit en plusieurs séries autonomes et complémentaires. Avec « L’été », il poursuit son exploration de l’espace et de l’humain à travers les régions françaises, du littoral à la montagne, des lacs aux rivières. Au fil du voyage, d’autres se joignent à lui : Manet, Cartier-Bresson, Hopper, Duras, Le Clézio… Ce ne sont ni des influences, ni des références, juste des compagnons de route.
Les œuvres présentées ici ont la beauté intemporelle de nos souvenirs de vacances : couleurs tendres, lumière douce, béatitude des corps. Le sujet, en apparence facile, est traité ici avec profondeur. Le photographe prend le temps d’observer les postures, les gestes, les attitudes, et restitue des images belles et fortes comme des tableaux. Le cadrage compose avec l’horizon tout en se resserrant sur les protagonistes, comme pour souligner l’enfermement de l’individu au sein du groupe, du lieu et du moment.
Ce travail, qui tient d’avantage de la recherche formelle, picturale, que documentaire, est aussi le fruit d’une approche technique à rebours des pratiques actuelles : au moyen format, en argentique, sans retouche ni recadrage.
Toujours animée par le souci de décloisonner les arts et de les faire dialoguer, la galerie Folia présente les œuvres de Julien Chapsal en écho à d’autres images – celles, iconiques, de photographes comme Cartier-Bresson, Jamet et Doisneau au temps des premiers congés payés, mais aussi celles d’amateurs restés anonymes qui révèlent à travers des scènes intimes une histoire collective et sociale.
Galerie Folia
Sélection
Julien Chapsal : L’été
Pierre Jamet
Robert Doisneau
Commentaire ♥♥♥♥♥
La galerie Folia présente le projet du photographe Julien Chapsal « l’été » qu’il a mené en France entre 2010 et 2012. Dans un décor de scènes de vacances à la montagne, à la mer, à la campagne ou au bord d’une rivière, Julien Chapsal s’intéresse plus particulièrement aux personnages qui vont constituer sa composition. Les clichés, réalisés au moyen format, en argentique, sans retouche ni recadrage ne sont pas légendés et, sauf si l’on reconnait le lieu, on ne sait pas où elles ont été prises. Peu importe, ce qui intéresse le photographe dans cette composition, ce sont les personnages, leurs attitudes, leur histoire personnelle et parfois les relations qu’ils entretiennent entre eux. Le cadrage est particulièrement soigné, très souvent en contre-plongée, de manière à pouvoir situer les personnages dans l’environnement dont on voit toujours la ligne d’horizon.
A la montagne, on voit une famille avec trois enfants atteignant un sommet. Chacun vit ce moment à sa manière. Le père a les yeux dans le vague, satisfait d’avoir mené le groupe au sommet. La mère regarde avec bienveillance la cadette qui termine l’ascension à la traine des autres. Le second, un garçon, est juché fièrement sur un rocher en regardant sa sœur qui arrive après lui. Il doit être content d’être arrivé avant elle. L’ainé de dos est déjà impatient de reprendre la route, ou d’aller un peu plus loin comme un grand contempler le panorama.
Toujours à la montagne, une famille avec un garçon et une fillette se retrouve sur un promontoire. Le père, la mère et le fils de dos, admirent le paysage tandis que la fillette est de face peu intéressée par le panorama, se demandant peut-être quels sont les événements à venir.
Dans les dunes, à proximité de la mer, peut-être dans le nord de la France, une famille est attablée autour d’une table de camping bon marché. En observant les protagonistes, leurs attitudes, leurs tenues vestimentaires, on imagine une famille modeste venue le dimanche profiter du soleil.
Pour toutes ces raisons, la série de photos de l’artiste est déjà passionnante à regarder, car tout l’intérêt réside dans la multitude de détails qui composent chaque cliché.
Mais l’exposition ne se limite pas au seul travail de Julien Chapsal. La galerie Folia a souhaité mettre en résonnance la série contemporaine en couleur du photographe, d’une part avec des clichés en noir et blanc de photographes de renom, et d’autre part des photos de vacances pris par des anonymes qui délivrent par leur intimité beaucoup d’émotion.
Les tirages en noir et blanc se trouvent exposés à l’étage. Il n’y a qu’une douzaine de photos mais elles sont toutes exceptionnelles ! On peut voir des photos de Pierre Jamet prises à Belle-Ile-en-Mer dans les années 30. Elles sont caractéristiques de cette période où les Français découvraient le bonheur des congés payés, en se ruant à la mer ou à la campagne avec tous les moyens de locomotion qu’ils avaient à leur disposition, vélo, train et voitures pour les plus fortunés.
Il y a également des photos de Robert Doisneau que l’on peut retrouver dans l’ouvrage réalisé avec Pennac « les grandes vacances ». Les trois images choisies illustrent parfaitement les moyens de transport utilisés en vacances : une voiture 6 CV juste avant le départ avec les vélos accrochés au capot ou sur le coffre arrière, trois femmes en maillots de bain sur des vélos sur la nationale 98 allant certainement à la plage du côté de Sainte-Maxime, un randonneur avec un bâton voltigeant sur les rochers de Malpertus en Ardèche. Pas d’erreur, il s’agit bien de photos de Doisneau !
E.P.







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