PHILIPPE HALSMAN, ÉTONNEZ-MOI !
- Eric Poulhe
- 27 nov. 2015
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 mai 2023
JEU DE PAUME, PARIS
20 octobre 2015 - 24 janvier 2016

Le photographe Philippe Halsman (Riga, Lettonie, 1906 – New York, 1979) mène pendant une quarantaine d’années une carrière exemplaire, depuis ses débuts à Paris dans les années 1930 jusqu’à l’immense succès de son studio new-yorkais entre 1940 et 1970. Cette exposition met en lumière l’ensemble de son travail à travers près de 300 œuvres. En 1921, Philippe Halsman découvre le vieil appareil photo de son père, et parle de « miracle » lorsqu’il développe ses premières plaques de verre dans l’évier de la salle de bain familiale. Il a 15 ans , et c’est le premier contact avec la photographie de celui qui va devenir l’un des plus grands photographes du XXe siècle. Arrivé à Paris grâce au soutien du ministre français Paul Painlevé, (dont le fils Jean, cinéaste scientifique, lui offre à son arrivée l’un des meilleurs appareils photographiques du moment), Philippe Halsman y restera dix ans, jusqu’en 1940. Une décennie pendant laquelle il collabore avec les magazines Vogue, Vu et Voilà et réalise les portraits de nombreuses célébrités comme Marc Chagall, Le Corbusier ou André Malraux. Il expose plusieurs fois à la galerie avant-gardiste de la Pléiade, aux côtés de photographes comme Man Ray, André Kertész, Brassaï ou Laure Albin Guillot. En 1940, l'invasion allemande met un terme à la carrière prospère de Halsman, qui trouve refuge à New York avec sa famille. Il y travaille pour de nombreux magazines américains dont Life, le premier magazine illustré uniquement par la photographie, qui l’entraînera à la rencontre des célébrités du siècle — Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Duke Ellington, le duc et la duchesse de Windsor, Richard Nixon, Albert Einstein pour n’en citer que quelques-unes — et dont il réalisera 101 couvertures. Loin d’être uniquement un photographe de célébrités, Philippe Halsman n’aura de cesse, toute sa vie, d’expérimenter et de repousser les limites de son médium. Il collabore notamment pendant plus de 30 ans avec Salvador Dalí et invente la « jumpology », qui consiste à photographier des personnalités en train de sauter, offrant ainsi un portrait plus naturel et spontané de ses sujets. Philippe Halsman se distingue par l’étendue de son champ d’activité : portraits, mode, reportages, publicité, projets personnels, commandes privées et institutionnelles. La photographie de Philippe Halsman se caractérise par une approche directe, une parfaite maîtrise technique et un soin du détail, et son œuvre révèle aussi une grande diversité animée par une constante exploration du médium. Au final, près de 300 images exclusives et documents originaux (planches et tirages par contact, épreuves préliminaires, photomontages, originaux et maquettes) sont présentés pour cette exposition rétrospective, apportant un éclairage unique sur l’œuvre et le processus d’un photographe exceptionnel et atypique. Anne Lacoste
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Philippe Halsman est un photographe letton qui va devenir un des plus grands photographes de studio du XXe siècle.
Il est très réputé pour la réalisation de portraits de célébrités, pour le compte de magazines de mode ou de reportages comme Vogue ou Life. La plupart de ses clichés sont devenus des références photographiques. Même si les sujets posent généralement en studio, ils sont très souvent naturels, spontanés et expressifs. Avec la plupart de ses modèles, comme Salvador Dali ou Marilyn, il entretiendra une relation de plusieurs années développant une complicité qui se retrouvera dans les photos.
La photo d’Audrey Hepburn en extérieur, la tête sous les branches d’un arbre est incroyable de beauté et de douceur avec un minimum d’artifice et de maquillage. Celle de Louis Armstrong prise en hauteur, certainement depuis un escabeau, présente un angle de vue assez inédit renforçant la puissance et la vitalité du trompettiste.
Il a beaucoup mis en scène ses sujets en créant des histoires photographiques.
En 1948, Philippe Halsman lance le premier « picture book » qui mêle narration et humour. « The Frenchman » met en scène Fernandel avec une suite d’images humoristiques dans le cadre d’une interview de l’acteur par une journaliste puritaine américaine. L’acteur s’en donne à cœur joie afin de présenter toute une série de mimiques illustrant son appréciation sur les mesures prises par le gouvernement français pour accroître le taux de naissance.
Un autre projet est celui réalisé avec Marilyn Monroe qui, lors d’un entretien avec un homme en costume photographié de dos, séduit progressivement son interlocuteur. Les tirages, ponctués d’un commentaire manuscrit en rouge explicite, montrent les différentes étapes lui permettant d’atteindre son objectif. Marilyn révèle dans ces clichés toute sa sensualité et ses qualités d’actrices.
Et puis Philippe Halsman est aussi un créateur de concepts. Inventeur de la « jumpology », il est précurseur de la photo amateur de nos jours réalisée avec des smartphones, quand les sujets se mettent en scène devant un monument et se font prendre en suspension. Philippe Halsman considère la photo « jump » comme un moyen de réaliser un portrait naturel et original. Pour lui, l’action de sauter désinhibe le sujet qui se concentre sur le saut, et non pas sur l’objectif du photographe.
Celle de Marilyn, encore elle, est très insolite car l’image prise la représente sans les jambes. On a l’impression d’une femme-tronc suspendue dans les airs.
Celle du duc et de la duchesse de Windsor est également très amusante car elle représente des sujets de la royauté dans une situation où ils sont obligés, pour une fois de lâcher prise. On remarquera la faible hauteur du saut que les protagonistes réalisent en chaussettes en recherchant toutefois à conserver une certaine tenue.
Clairement, les sujets s’amusent avec le photographe et c’est bien là une des principales clé de réussite des photos de Philippe Halsman.
E.P.





Commentaires