JEAN-MARIE PÉRIER ▪ FASHION GALAXY
- Eric Poulhe
- 23 mars 2018
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
PHOTO 12 GALERIE, PARIS
22 mars 2018 – 12 mai 2018

Dans les années 1990, de retour en France après dix années américaines, Jean-Marie Périer se vit offrir une carte blanche du magazine ELLE pour mettre en scène et photographier les plus grands créateurs de mode. Il retrouva la liberté, l'imagination et la fantaisie qui avaient fait son succès dans les années 60 et les plus grands noms de la mode acceptèrent de jouer le jeu de ses mises-en-scène.
Les photos de Jean-Marie Périer retracent une époque bénie de la mode où tout était possible. Pendant dix ans, le photographe a réalisé pour ELLE une collection d’images qui nous plongent dans « l’univers d’un créateur ». Et nous permet d’entrer dans la vie de ces designers extraordinaires. Ils se préparent à toutes les excentricités du photographe.
« En 1990, après dix ans passés aux Etats-Unis, lorsque ma sœur m’appela pour travailler pour le journal ELLE dont elle était la rédactrice en chef, je sautai sur l’occasion. Et soudain je me retrouvai à nouveau dans le groupe Fillipacchi et, chance unique, avec la même liberté d’imagination et de moyens que dans les années 60. En plus, les rock-stars de jadis étant devenus des pères de famille, les couturiers avaient pris le relais. Ils avaient la même fantaisie, le talent et les moyens d’inventer leur vie. Personne ne vivait comme Saint-Laurent, Karl Lagerfeld ou Jean-Paul Gaultier. Avec mon ami le directeur artistique François Baudot, nous pûmes réaliser une grande série sur l’univers des créateurs de mode » - Jean-Marie Périer.
Photo 12 Galerie
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Jean-Marie Périer est surtout connu pour avoir été le photographe des « yéyés » dans les années 60. Personne n’a oublié les photos qu’il a réalisées pour le compte du magazine Salut Les Copains, en installant une grande proximité avec les artistes dont il partageait souvent la vie de tous les jours : Johnny et Sylvie, Françoise Hardy et Jacques Dutronc, France Gall et Michel Berger, les Beatles, les Rolling Stones, pour ne citer qu’eux. C’est également lui qui a réalisé la célèbre photo de groupe de Salut Les Copains, où tous les artistes français d’une même génération sont réunis sur le cliché.
A partir de 1975, il se consacre entièrement aux films publicitaires, à Los Angeles et à New York, et part vivre sur la côte ouest des Etats-Unis, où il tourne plus de 600 clips pour Canada Dry, Coca Cola, Ford, Nestlé, Bic, Camel, Ford… Un peu lassé de sa vie aux Etats-Unis, et sur proposition de sa sœur rédactrice en chef de l’édition française du magazine Elle, il revient à Paris en 1990 afin de se consacrer à l’univers de la mode.
L’exposition « Fashion Galaxy » retrace cette période où il a photographié l’univers des créateurs, stylistes, mannequins ou personnes influentes dans le milieu de la mode. Pendant sa période « yéyé », les photos étaient prises dans l’instant, avec beaucoup de confiance, de complicité et de spontanéité entre le photographe et le modèle. Les photos prises dans l’univers de la mode montrent une certaine distance entre le photographe et le sujet. La composition est beaucoup plus sophistiquée, la mise en scène quelquefois outrancière, finalement assez représentative des excès de ce milieu.
Les images réalisées sobrement, sans décor artificiel et mise en scène excessive, sont celles qui délivrent le plus d’émotion et d’authenticité de la part des modèles. Photographié dans le jardin enneigé de sa propriété, Karl Lagerfeld apparait tel qu’on le connait tout en mystère, retenue et contrôle. Yojhi Yamamoto et Charlotte Gainsbourg partageant un fauteuil club placé sous une fenêtre de toit d’une chambre de bonne parisienne, donnent une impression de douceur accentuée par la lumière de jour naturelle. L’image d’Yves Saint-Laurent passant la tête au travers d’un rideau rouge, quelques semaines avant sa mort, est très touchante. Et que dire de Carla Bruni qui est à la fois si belle et si fragile dans une robe longue de couleur jaune canari étincelante qui détonne dans un décor presque inquiétant.
Afin d’illustrer ces propos, il est assez pertinent de faire figurer ci-dessous les textes de Jean-Marie Périer racontant l’histoire de chacune des photos faisant partie de la sélection.
- Karl Lagerfeld, Hambourg, mai 1995 : « C’est une chance formidable d’avoir pu côtoyer cet homme surprenant en tout. Pour cette séance, il avait été d’une courtoisie extrême. Il nous avait ouvert sa maison à Hambourg. Je l’avais aussi photographié à Monaco et à Paris. On avait l’impression que ses meubles bougeaient constamment d’un endroit à l’autre. Je crois même que les déménageurs travaillaient pour lui à l’année ! Karl, comme les créateurs de l’époque, a une vie unique, une vie qu’il s’est inventée et qui est incomparable. Ce jour-là, coup de chance, nous arrivons alors qu’il neige, et la neige donne du talent à tout le monde ! Karl est un homme étrange qui transforme ses plaisirs en travail et son travail en passion. Mélange de courtoisie et de rigueur, il maîtrise plusieurs vies parallèles dont je ne connais pas le nombre. »
- Yves Saint-Laurent, Paris, octobre 1995 : « Cette photographie a désormais une histoire. Un soir de 2008, alors que je dinais au Mathi's, Gérard Nanty, le propriétaire des lieux me dit qu'Yves Saint-Laurent aimait beaucoup cette photo et qu'il aimerait que je lui en fasse un tirage. Cette séance étant la dernière qu'il avait faite en studio, j'étais touché qu'il en ait gardé le même souvenir que moi. Ravi de pouvoir lui faire plaisir, je lui envoyai donc un tirage. Quelque temps plus tard, je reçus un énorme bouquet et un mot de sa main. La semaine suivante, lorsque j'appris sa mort au journal télévisé, ce n'est pas sans émotion que je regardai les pétales des roses blanches glisser comme des larmes sur la table de mon salon. »
- Yves Saint-Laurent, Sibyl Buck, Paris, octobre 1995 : « Dans son célèbre appartement de la rue de Babylone, avec la mannequin Sibyl Buck. Cette photographie est un témoignage unique. Avec l’aide du décorateur et architecte Jacques Grange, Yves Saint-Laurent meuble petit à petit son appartement des années 1920 de magnifiques tableaux de maîtres et de meubles et objets tout aussi prestigieux. La toile « Le Profil noir », réalisée en 1928 par le peintre cubiste Fernand Léger, surplombe le Grand Salon, tandis qu’un des vases en dinanderie de Jean Dunand – 1925 – ferme la scène à droite. Dans ce somptueux appartement on trouve des bronzes de la Renaissance, des meubles rococo du 18e siècle ou encore un sarcophage égyptien : genres et époques cohabitent avec audace. Après la mort d’Yves Saint-Laurent, sa collection fut dispersée au cours d’une vente aux enchères en 2009 – qui atteignit une somme extraordinaire – et son appartement fut vendu. »
- Stella McCartney, avril 1997 : « Tiens, encore un canapé ! Quand on m’a proposé de la photographier, je n’ai pas voulu lui dire que j’avais très bien connu son père, Paul, et que j’avais pratiquement vécu avec les Beatles pendant sept à huit ans ! »
- Yojhi Yamamoto et Charlotte Gainsbourg, 1999, Paris : « En voilà deux qui prouvent que l’on peut être très fort en ayant l’air fragile. »
E.P.





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