INTA RUKA ▪ PEOPLE I KNOW
- Eric Poulhe
- 20 févr. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
VOZ’GALERIE, BOULOGNE-BILLANCOURT
16 janvier 2019 – 24 mars 2019

Héritière de Walker Evans, de Dorothea Lange ou d’August Sander, Inta Ruka s’inscrit dans la tradition la plus pure des anthropologues de la photographie. Née à la fin des années 1950 à Riga, à une époque où la Lettonie n’était qu’un minuscule confetti dans l’immensité du bloc soviétique, elle a constitué, depuis ses débuts de photographe à la fin des années 1970, une œuvre essentielle qui raconte avec une infinie bienveillance, l’histoire contemporaine de son pays. Méticuleuse comme un ébéniste sculptant une moulure sur bois, Inta Ruka recherche le geste juste. Munie de son vieux Rolleiflex, qui l’accompagne depuis toujours, elle entre comme nulle autre en dialogue avec ses concitoyens.
Dans sa série My Country People, elle honore les habitants de Balvi – une petite ville rurale de Lettonie d’où sa mère est originaire et où elle a passé de nombreux étés durant son enfance – qu’elle photographie dans l’intimité de leur cadre domestique. Elle capte l’âme, l’humanité de tout un peuple. Tous ces visages, burinés par un demi-siècle d’une histoire harassante, s’adoucissent sans artifice, magnifiés par la seule lumière naturelle qu’elle utilise d’instinct.
Ces portraits en noir et blanc, développés dans sa chambre noire sur du papier à la gélatine d’argent, nous questionnent sur notre rapport au monde, à la modernité. Elle saisit la chaleur de ces villages promis à l’exclusion et à la disparition. Dans la société post-soviétique tentée par la surabondance, les cabanes de bois – qui constituent l’essentiel de l’habitat dans les campagnes lettones – font oublier ces grands centres commerciaux et leurs enseignes standardisées qui fleurissent dans les villes des pays baltes. Ces décors authentiques où vivent les femmes, les hommes et les enfants – ses héros –, livrent une autre vérité que l’apparente pauvreté, apportant un souffle de fraîcheur mélancolique et de liberté.
Xavier Renard, commissaire
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Photographe Lettone adepte du Rolleiflex, avec la série « People I know », Inta Tuka renoue avec son histoire et son enfance en photographiant les habitants de la petite ville de Balvi en Lettonie, d’où sa mère est originaire.
La série s’étale sur presque trente ans du début des années 1980 à celui des années 2010. Certains clichés montrent des sujets à plusieurs âges de leur vie.
Inta Ruka s’inscrit dans la lignée des photographes humanistes comme Walker Evans ou Dorothea Lange qui ont photographié une population pauvre dans leur cadre de vie et environnement quotidien. Les portraits qu’elle réalise montrent des visages burinés par le temps, éprouvés pas des conditions de travail et de vie qu’on imagine difficile dans cette région rurale de Lettonie, un pays de l’ex-union soviétique et qui fut un des premiers à obtenir son indépendance en 1991 comme les deux autres pays baltes la Lituanie et l'Estonie.
Dans toutes les images, on sent la très grande proximité entre la photographe et les personnages qui se dévoilent tels qu’ils sont, sans artifice, sans mise en scène, en lumière naturelle. Inta Ruka sait capter leur âme et toute leur sensibilité. Certaines photos montrent des personnes qui ont souffert et semblent désabusés mais toujours dignes. Les enfants semblent très indépendants et heureux. Certaines images montrent des couples soudés avec beaucoup de tendresse et de poésie.
Par toutes ces photographies, Inta Ruka rend hommage à tout un peuple rural auquel elle s’identifie avec une très grande bienveillance. A travers ses portraits, la photographe se place comme témoin d’une génération qui a connu successivement le joug de l’empire soviétique, l’indépendance puis l’intégration à l’union européenne. Un véritable reportage sociologique de trente ans.
E.P.





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