JULIE BALAGUÉ ▪ UTOPIE / MALADRERIE
- Eric Poulhe
- 22 mai 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
CENTRE D’ARTS PLASTIQUES D’AUBERVILLIERS (CAPA)
4 mai 2019 – 19 juin 2019

Du 4 mai au 16 juin 2019 se tient l’exposition Utopie/Maladrerie, de Julie Balagué en partenariat avec le Centre d’Arts Plastiques d’Aubervilliers (CAPA). L’exposition rassemble photographies, textes, installations sonores et sculptures. Conçu avec les habitants du quartier, le projet met en scène des personnes, devenues personnages, dans une architecture devenue décor. Ce travail questionne ainsi les orientations économiques, politiques et psychosociologiques du projet architectural initial du quartier de la « Maladrerie », conçu dans les années 1970 par l’architecte Renée Gailhoustet. L’exposition a lieu dans la galerie du CAPA, un des 1000 logements du quartier mis à disposition par l’OPH d’Aubervilliers, et s’intègre dans un projet innovant initié par Juliette Fontaine (directrice du CAPA) de mise en contact de la création artistique contemporaine avec la population de ce quartier sensible. Ce travail est issu de la commande photographique nationale des Regards du Grand Paris du ministère de la Culture - Ateliers Médicis et Centre national des arts plastiques. Le travail de création avec les habitants a été soutenu par une résidence du Département de Seine-Saint-Denis.
Juliette Fontaine
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Initié par Juliette Fontaine, sa directrice, Le Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers présente dans un appartement du quartier de la Maladrerie, l’exposition Utopie /Maladrerie de Julie Balagué. Initié par sa directrice Juliette Fontaine, ce projet conçu avec les habitants du quartier met en scène des personnes devenues des personnages, dans leur environnement familier, une architecture devenue un décor. L’exposition rassemble des photographies argentiques en couleur présentées sous forme de tirages pigmentaires en grand format. En complément, on dispose également de textes avec des témoignages sonores et des sculptures en béton symboles du matériau utilisé pour la construction des logements.
Le quartier de la Maladrerie à Aubervilliers, dans le département que l’on nomme le 9-3, est une réalisation architecturale urbaine des années 1970 de l’architecte Renée Gailhoustet. Comme ce qui a pu être réalisé dans d’autres villes de banlieue avant-gardistes comme Sarcelles, l’objectif de l’architecte était de repenser le lien entre la ville et le logement social. La Maladrerie est un ensemble de 9 hectares et de 1000 logements tous différents. Les bâtiments de faible hauteur, dénotent avec les barres d’immeubles que l’on trouve habituellement en banlieue. Ici, on intègre dans un même espace, des logements avec des surfaces angulaires, des commerces, des équipements socio-culturels et surtout des ateliers d’artistes qui existent encore. L’architecture et l’urbanisme mêle le béton, le verre, les espaces verts et de nombreuses terrasses végétalisées. On y circule seulement à pied dans un véritable labyrinthe inextricable pour un étranger au quartier. Ce plan de circulation avec de véritables « coupe-gorge » est, au fil des ans, devenu un problème de sécurité avec la délinquance et les trafics divers. Les jeunes en témoignent d’ailleurs dans les enregistrements sonores qui égrènent l’exposition.
Les portraits des habitants ou les photos très graphiques des bâtiments de la Maladrerie, illustrent parfaitement l’atmosphère qui règne dans ce quartier à l’image des banlieues populaires de l’Ile de France. De nombreuses nationalités y sont représentées. La population est plutôt jeune et la présence des ateliers d’artistes permet de préserver encore une certaine mixité sociale. Le mercredi, les enfants investissent l’espace extérieur dans un environnement qui ressemble à une jungle comportant de nombreuses cachettes ou des recoins à découvrir. Les mères se promènent avec les poussettes et discutent dans les espaces verts aménagés.
La présence des ateliers d’artistes permet de préserver encore une certaine mixité sociale. C’est le cas de la jeune photographe Julie Balagué qui habite toujours au cœur de la Maladrerie. Assurant une permanence dans l’appartement d’exposition, elle peut vous donner toutes les informations sur le quartier, le reportage qu’elle a réalisé, et partager avec vous la passion qu’elle a pour ce territoire et ses habitants.
Cette exposition in situ est formidable car elle immerge complètement le visiteur dans un environnement. Non sans mal quand on est étranger au quartier, on déambule dans un dédale de ruelles et d’allées avant de rejoindre l’appartement témoin dans lequel on s’immerge pour découvrir les images des habitants dans leur décor, avec leurs témoignages sonores.
De tels projets locaux réalisés pour et avec les habitants, donnent de l’espoir pour cette banlieue quelque peu abandonnée, fragile, cosmopolite mais aussi dynamique et créative. On peut espérer que les aménagements du Grand Paris et l’implantation des futurs équipements des Jeux olympiques 2024 seront une belle récompense pour aider ce territoire à sortir de l’ombre.
E.P.
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