PIERRE-ÉLIE DE PIBRAC ▪ DESMEMORIA
- Eric Poulhe
- 22 nov. 2019
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
ESPACE DUPON-PHIDAP, PARIS
5 novembre 2019 – 17 janvier 2020

Pierre-Élie de Pibrac est un jeune photographe qui sait allier l’art du portrait à celui du reportage.
D’abord, ce sont ses visages qui frappent : regarder le photographe droit dans les yeux nous dérange en tant que spectateur. Associés à une présentation grand format, ces visages nous interrogent avec intensité, nous interpellent jusqu’au tréfonds de nos âmes. C’est ensuite la dimension émotionnelle qui prend le pas sur l’esthétique et vous embarque littéralement dans une complicité avec l’artiste.
Son travail de reportage sur Cuba en noir et blanc est à l’inverse de ses portraits en couleur, la situation décrite laisse vite place à l’imaginaire et à la mélancolie. Les lumières tropicales et la banalité des sujets ont un charme envoûtant auquel je n’ai pas su résister.
Pierre-Élie est un photographe plein de charme et d’élégance, qui éveille nos esprits de manière salutaire et délicate sur l’étrange destin d’un pays, Cuba, qui ne cesse de fasciner toute une génération éprise de liberté.
Jean-François Camp
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Le photographe Pierre-Élie de Pibrac a passé près de huit mois en immersion à Cuba chez diverses familles entre octobre 2016 et juin 2017. La série Desmemoria, les oubliés du rêve révolutionnaire, est un témoignage photographique exceptionnel sur la vie des travailleurs de l’industrie du sucre, les Azucareros. À ce titre, il a remporté le Prix Levallois 2018 pour la jeune création photographique internationale, décerné le 5 juillet lors des Rencontres d’Arles à l’École Nationale Supérieure de la Photographie.
À travers ce reportage réalisé avec des clichés en noir et blanc, le photographe aborde le sujet avec une approche sociale, sociologique et anthropologique sur le peuple cubain qui a cru au rêve castriste. Toutes les images prises avec beaucoup de réalisme témoignent du quotidien et des conditions de travail difficiles des ouvriers. On y voit l’intérieur des habitations avec un évier rempli de vaisselle sale, des dortoirs, des rues envahies par la végétation, des façades d’immeubles décrépies. Les images rendent bien compte de l’atmosphère. En regardant les images de nuit prises avant le coucher du soleil, on peut imaginer aisément les travailleurs se levant très tôt pour prendre le chemin vers les champs ou l’usine.
En complément du reportage de vie des Azucareros, Pierre-Élie de Pibrac a réalisé également des portraits en couleur à la chambre en diversifiant le choix de ses sujets : blancs, noirs, métis, hommes, femmes, jeunes, vieux. Le cadrage est semblable à celui d’une photo de carte d’identité. Le visage est pris de face. Les regards fixent l’objectif comme s’ils défiaient le photographe. Les expressions sont dures. Jamais aucun sourire même chez les enfants.
Depuis la mort de Fidel Castro, le pays a exprimé une volonté de s’ouvrir aux standards du monde occidental. Il semblerait que ce ne soit pas encore le cas pour toute la population du pays.
E.P.





Commentaires