RÉMI NOËL ▪ DEAR AMERICA
- Eric Poulhe
- 2 mars 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
GALERIE THIERRY BIGAIGNON, PARIS
18 février 2021 – 3 avril 2021

Au moment où nous ne pouvons plus nous rendre en Amérique, c’est l’Amérique qui vient à nous ! L’exposition « Dear America » présente, pour la première fois à la Galerie Thiery Bigaignon, les travaux de Rémi Noël, une vision tendre, poétique et truculente de l’Amérique. Et cela ne pouvait pas mieux tomber !
Rémi n’a pas commencé la photographie à 6 ans avec le Rolleiflex de son grand-père, même si l’argentique est son matériau de prédilection. C’est à 30 ans qu’il se laisse aller à son désir d’images et réalise quelques natures mortes chez lui à Paris. Rapidement, il quitte les intérieurs parisiens et s’embarque vers l’Ouest des États-Unis. Immédiatement, il en fera son terrain de jeu favori, un studio grandeur nature.
De ce premier voyage initiatique, il créera un procédé de travail tout à fait unique : toute l’année, il pense ses images, il les esquisse d’un trait, puis il s’embarque, seul, pour une dizaine de jours, pour les grands espaces, berceau de la civilisation américaine, devenue pour lui une source d’inspiration inépuisable. En toute liberté, il y revisite les archétypes du mythe américain : les motels, leurs enseignes lumineuses, les étendues désertiques et les highways qui les pourfendent. Il y cherche avec détermination le décor idéal de ses mises en scène.
Formé à la publicité et à son langage, Rémi Noël aime la concision. Aux romans-fleuves, il préfère les nouvelles et dans le cinéma, les courts-métrages ont ses faveurs. Photographe, il s’attache à raconter de histoires courtes, saisies d’un coup d’œil. Il s’agit d’aller directement à l’idée. Ses messages sont limpides, son humour toujours affleurant et sa poésie bien ancrée. Nourri de culture photographique et littéraire, Rémi Noël est en effet un poète, un poète qui conjugue les images comme on conjugue les mots. Il ne se prive pas de jouer littéralement avec les mots au sein même de ses images, et, ce faisant, entre fréquemment en dialogue avec ses maîtres (Kerouac, Courbet, Fontana, Hopper et tant d’autres). Sa photographie, empreinte de cette liberté si chère aux voyageurs, mêle habilement l’imaginaire et le réel.
Avec un sens aigu de la mise en scène, il s’attache à raconter des histoires empruntes de poésie et d’humour, des haikus visuels qui provoquent le sourire du spectateur, des images qui en caressent l’âme.
Thierry Bigaignon
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Avec Dear America, La Galerie Thiery Bigaignon présente pour la première fois les productions du photographe français Rémi Noël, qui avait été également exposé à l’occasion de l’édition 2020 du festival du Regard à Cergy-Pontoise. C’est d’ailleurs une de ses images qui avait servi de support à l’affiche du festival, sur le thème des voyages extra-ordinaires.
Rémi Noël démarre la photographie à trente ans et s’entraîne en réalisant des natures mortes chez lui, à Paris. Il quitte rapidement son domicile et part chaque année pour l’Ouest des États-Unis pour une dizaine de jours. Il y revisite les archétypes du mythe américain, les motels, les enseignes lumineuses, les étendues désertiques… comme dans un « road movie ».
Chaque image a été minutieusement pensée et composée avec son départ et doit raconter sa propre histoire. Arrivé sur place, il s’attache à trouver le décor et les objets qui vont constituer l’histoire qu’il a imaginée : « Avant de partir vers les États-Unis, j’ai en tête des images dont je fais un croquis et, une fois là-bas, je cherche le décor idéal pour mes mises en scène. »
En utilisant l’argentique et le noir et blanc, il doit donc composer ses images sans post-production : « Dans mon travail, j’essaie toujours de raconter une histoire et de rester simple. D’où le choix du noir et blanc, qui permet de se concentrer sur l’idée, d’aller à l’essentiel. »
Parfois il adapte le décor au profit d’une mise scène très recherchée. Devant les façades de motel au bord de la route, ou dans la chambre, il ajoute des panneaux avec un message spécifique. Sur la vitre d’un rétroviseur il colle une image, dans l’image, différente de la réalité.
Certaines de ses compositions ont fait l’objet d’une démarche pour le moins rocambolesque. La photographie du puzzle de Cathy prise à Del Rio au Texas a nécessité un long cheminement pour trouver la boîte représentant la playmate des années 1970 qui avait fait la une d’un magazine de charme. Après plusieurs années de recherche, il finit par trouver le fameux puzzle qu’il se fait livrer dans la chambre d’hôtel afin d’en réaliser le cliché.
L’image Leaving a été réalisée dans un paysage désertique californien avec en premier plan une porte de voiture Ford trouvée dans une casse locale. À la fin de la prise de vue, il était bien embêté avec cette portière qu’il ne voulait pas abandonner dans la nature. Il la ramène alors à l’hôtel et la dépose dans le local à ordures au moment du départ. On imagine la tête de l’hôtelier en la découvrant !
Avec ses images, Rémi Noël raconte des histoires avec beaucoup de poésie, d’humour et de nombreuses références à d’autres artistes comme Hopper, In the World of Hopper [Dans le monde de Hopper, route 6], Kerouac [Sur la route] ou Hockney, A Bigger Splash [Une plus grosse éclaboussure].
En résumé, les photos de Rémi Noël, ce sont toutes une histoire !
E.P.





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