HENRI CARTIER-BRESSON ▪ CHINE 1948-49 1958
- Eric Poulhe
- 12 déc. 2019
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2023
FONDATION HENRI CARTIER-BRESSON, PARIS
15 octobre 2019 – 2 février 2020

Le 25 novembre 1948, Henri Cartier-Bresson reçoit une commande du magazine Life pour faire un reportage sur les « derniers jours de Pékin » avant l’arrivée des troupes maoïstes. Venu pour deux semaines, il restera dix mois, principalement autour de Shanghai, assistant à la chute de la ville de Nankin tenue par le Kuomintang, puis contraint de rester à Shanghai sous contrôle communiste pendant 4 mois, et quittant la Chine quelques jours avant la proclamation de la République populaire de Chine du 1er octobre 1949.
Au fil des mois, ses témoignages des modes de vie « traditionnels » et de l’instauration d’un nouvel ordre (Pékin, Hangchow, Nankin, Shanghai), produits en pleine liberté d’action, rencontrent beaucoup de succès dans Life et les meilleurs magazines internationaux d’actualité (dont Paris Match, qui vient d’être créé).
Le long séjour en Chine s’avère être un moment fondateur de l’histoire du photojournalisme : ce multi-reportage intervient aux débuts de l’agence Magnum Photos, que Henri Cartier-Bresson a co-fondée dix-huit mois auparavant à New York, et apporte un nouveau style, moins événementiel, plus poétique et distancié, attentif aux personnes autant qu’aux équilibres de l’image. Un grand nombre de ces photos sont aujourd’hui encore parmi les plus célèbres du photographe (telle le « Gold Rush à Shanghai »). Comme une répercussion de « Chine 1948-1949 », Henri Cartier-Bresson devient dès 1950 une référence majeure du « nouveau » photojournalisme et du renouveau photographique en général. Les livres Images à la sauvette (Verve, 1952) et D’une Chine à l’autre (Delpire, 1954), préfacé par Jean-Paul Sartre, confirment cette suprématie.
En 1958, à l’approche du dixième anniversaire, Henri Cartier-Bresson repart à l’aventure dans des conditions toutefois opposées : contraint par l’accompagnement d’un guide pendant 4 mois, il parcourt des milliers de kilomètres, au lancement du « Grand Bond en avant », pour rendre compte des résultats de la Révolution et de l’industrialisation forcée des campagnes. Il réussit toutefois à montrer aussi les aspects les moins positifs, l’exploitation du labeur humain, l’emprise des milices, etc. Là encore, le reportage rencontre un succès international.
L’exposition à la Fondation HCB regroupe 114 tirages originaux de 1948-1949, 40 tirages de 1958, et de nombreux documents d’archives.
Michel Frizot et Ying-lung Su, commissaires
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
La fondation Henri Cartier-Bresson présente près de 150 tirages des reportages réalisés par le grand photoreporter en Chine au moment de la proclamation de la République populaire.
Sur commande du magazine Life, il vient à Pékin en octobre 1948 pour deux semaines afin de suivre les « derniers jours de Pékin » avant l’arrivée des troupes maoïstes. Il restera dix mois, surtout autour de Shanghai et Nankin dont il assistera à la chute. Il reviendra 10 ans plus tard en 1958 pour faire un reportage afin de témoigner des impacts de la Révolution et de l’industrialisation forcée des campagnes.
En 1948 et 1949, il réalise son reportage en toute liberté. On voit un net contraste entre les images réalisées à Pékin, puis celles de Shanghai et Nankin.
À Pékin, les troupes révolutionnaires ne sont pas encore arrivées. La vie est normale. Il s’intéresse à la population vivant essentiellement dans la rue, aux commerces ambulants, à la pauvreté. Hormis le recrutement de volontaires dans la Cité interdite, rien ne semble annoncer le « grand bond en avant » qui va se passer.
À Shanghai, on ne voit pas d’images de combats, l’armée régulière nationaliste a fui. Comme il restera plus de 6 mois il documente la vie dans la rue et sera témoin des inondations après un typhon. Il photographie également des meetings de jeunes révolutionnaires qui sont en train de prendre le pouvoir et tentent de convertir la population à leur cause.
À Nankin, il assiste la chute de la ville. Il photographie le départ des européens et des caciques nationalistes vers Hong Kong, puis l’arrivée des troupes maoïstes. Là aussi, pas d’images de guerre, ni de morts.
Quand il revient dix ans plus tard en 1958, l’objectif est de faire un reportage sur les changements ayant eu lieu avec l’arrivée du communisme. Cependant, il est affublé d’un guide qui ne le lâche pas d’une semelle et ne peut photographier en toute liberté les sujets qui l’intéressent. Ça se ressent dans les images présentées qui ne présentent que des thèmes à la gloire du pouvoir en place et de la reconstruction d’un ordre nouveau : des étudiants bâtissant à mains nues la piscine de l’université, de jeunes femmes en formation dans une école d’ingénieurs, un barrage bâti en cinq mois, des milices populaires à l’entrainement quotidien, des défilé commémoratifs… Le photoreporter réussit toutefois à montrer, à travers son regard aiguisé, les aspects moins positifs comme l’exploitation humaine, l’endoctrinement de la jeunesse ou l’omniprésence des milices révolutionnaires.
Henri Cartier-Bresson a toujours mis beaucoup de soin à documenter ses tirages qu’il envoyait aux magazines pour publication. Des extraits de ses notes écrites en anglais sont présentés à la fin de l’exposition avec les bandes contact correspondantes. Lui, n’a pris connaissance des photos et des publications que plusieurs mois plus tard. Les informations étaient très précises. Ce n’est pas le fruit du hasard si ses reportages ont eu autant de succès dans la presse mondiale.
E.P.


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