KOSIKE OKAHARA ▪ SLIGHTLY ELSEWHERE
- Eric Poulhe
- 23 janv.
- 2 min de lecture
POLKA GALERIE, PARIS
22 janvier 2026 – 07 mars 2026

Il y a des territoires qui portent en silence le poids de l’histoire. Okinawa est de ceux-là. Un petit archipel posé en mer de Chine orientale et couvert de nombreuses bases militaires américaines depuis la défaite du Japon, en 1945. Avec sa série Slightly Elsewhere, Kosuke Okahara documente la survivance et la surreprésentation de ces installations massives, à présent parties intégrantes du paysage, 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
« Bien qu’elle fasse partie du Japon, Okinawa a longtemps été considérée comme un espace périphérique — un ‘ailleurs’ tant sur le plan politique que psychologique. Cette série interroge cette dissonance entre ce que l’on sait, et ce que l’on perçoit réellement », explique l’artiste japonais né à Tokyo en 1980. « Pour cette série, j’ai opté pour de très grands formats panoramiques afin de rendre l’aspect à la fois monumental et horizontal de ces bases militaires. Leur présence paraît d’autant plus écrasante, à la fois physiquement et politiquement. En même temps, elles demeurent des entités paradoxales : excessivement visibles et invisibles, imposantes et pourtant négligées.
Chez l’artiste, cette dissonance perceptive est devenue indissociable du processus de tirage : Kosuke Okahara applique lui-même son émulsion sur des papiers washi fabriqués artisanalement, laissant chaque œuvre émerger peu à peu. « Je mélange des fibres de kozo, un mûrier, avec de l’eau et j’y ajoute le liquide très visqueux que sécrète la plante tropicale. J’étale la mixture sur un filet pour qu’elle sèche et devienne papier. La texture et l’épaisseur varient à chaque fois : chaque tirage est donc unique, fruit d’expérimentations techniques dans la chambre noire. »
Le sujet reste reconnaissable, mais les détails s’atténuent. L’information est moins directe, moins réaliste. « Lorsqu’on les regarde, les images se révèlent, tout en résistant à une perception complète par la singularité même de leur matérialité. Les fibres qui flottent, les reliefs qui captent la lumière, les tonalités qui se déplacent et se fondent incarnent cet état de perception inachevée — à l’image de notre connaissance du monde, fragmentaire et souvent abstraite. »
La photographie, médium de reproduction par essence, défie ici la duplication. Les pérégrinations de Kosube Okahara acquièrent ainsi une singularité organique, une présence matérielle aux frontières de la perception.
Polka Galerie
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