MIKAEL SIIRILÄ ▪ DISTANCES
- Eric Poulhe
- 23 janv.
- 2 min de lecture
POLKA GALERIE, PARIS
22 janvier 2026 – 07 mars 2026

Avec « Distances », la galerie Polka présente pour la première fois le travail de Mikael Siirilä. Dans un monde où la vitesse semble dicter jusqu’à la manière de voir, lui avance à rebours, avec une obstination tranquille des artisans qui refusent de céder à la facilité du flux.
Pour le Finlandais, né en 1978, la photographie n’est pas un médium, c’est un métier, au sens le plus ancien du terme : un savoir-faire. Dans la pénombre du laboratoire, Mikael Siirilä fait dialoguer la main, la lumière et le papier pour façonner patiemment une œuvre rare. Il ne photographie qu’à l’argentique, procédé qui porte un rythme, une résistance, une latence indispensable à son regard. Ses images sont construites à l’instinct, puis laissées entre les mains du hasard chimique, où le développement inscrit sa trace.
L’épreuve argentique elle-même n’est pas tout à fait noire et blanche : elle tend vers des tons plus chauds que Siirilä obtient par virages, en plongeant le tirage dans un dernier bain de thé. Ce geste confère à ses images un rendu délicat, comme si le temps s’était doucement déposé sur des œuvres petites, parfois minuscules, face auxquelles il convient de s’approcher. Ou qu’il faut examiner tel des objets précieux, dans la paume d’une main.
Dans l’intimité de la contemplation, on découvre alors ses sujets, fragmentés, saisis dans l’entre-deux du visible. Ses images sont des morceaux de mémoire qui retiennent ce qui pourrait disparaître. Et qui révèlent ce qui ne se donne pas d’emblée grâce à la magie de l’effet Koulechov : « Montrer deux images ensemble, c’est en créer une troisième, invisible. La distance entre deux images sans rapport entre elles est ainsi comblée. » Dans les pas de Ralph Gibson, Siirilä explore alors la force du fragment et du silence. Mais là où l’Américain cherche la tension, la charge symbolique ou sensuelle dans le détail d’un objet ou d’un corps, le Finlandais cherche le calme, la caresse, la respiration du monde.
Voici toute la singularité de Siirilä : avoir su préserver la dimension artisanale du regard. Là où les images se consomment, lui s’évertue à les fabriquer, tel un horloger minutieux dans son antre. « À l’ère de la méfiance envers les images, la photographie analogique semble encore plus précieuse et magique. »
Pour « Distances », Mikael Siirilä imagine des associations d’images dont les détails se répondent et ouvrent des espaces de récit. Ces rapprochements discrets laissent surgir un fil narratif, comme si chaque spectateur était invité à inventer son propre conte. Et à combler, à la lisière du visible, la distance entre les deux.
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